
En résumé :
- L’appréhension de la route de Cilaos vient d’une méconnaissance de sa conception. Il ne faut pas la subir, mais la comprendre comme un ouvrage de génie civil.
- La maîtrise passe par des techniques de conduite spécifiques à la montagne (frein moteur, anticipation) et non par la simple prudence.
- La gestion des croisements, notamment avec les bus, obéit à une logique de manœuvrabilité plus qu’au code de la route strict.
- Planifier son temps de trajet et ses arrêts en fonction des contraintes de la route (virages, trafic, géologie) est la clé d’un voyage serein.
L’image est connue de tous ceux qui préparent un voyage à La Réunion : un ruban de bitume étroit, sculpté à flanc de ravin, qui serpente à l’infini. La RN5, ou route de Cilaos, évoque autant la promesse de paysages spectaculaires que la vision de mains crispées sur un volant et d’estomac retourné. Pour beaucoup de conducteurs non-initiés, ce trajet est une épreuve à surmonter, un mal nécessaire pour atteindre le cirque. Les conseils habituels fusent : « roulez doucement », « klaxonnez dans les virages », « attention au mal des transports ». Ces recommandations, bien que justes, ne traitent que les symptômes d’une peur plus profonde.
Mais si la véritable clé n’était pas de subir la route avec prudence, mais de la comprendre pour la maîtriser ? Et si, en adoptant le regard d’un ingénieur, on pouvait transformer cette contrainte en une véritable expérience de découverte ? La route de Cilaos n’est pas qu’un simple axe de circulation ; c’est un ouvrage d’art monumental, un dialogue constant entre le génie humain et une nature puissante. Comprendre sa logique, ses contraintes et son histoire, c’est se donner les moyens de l’aborder non plus comme un adversaire, mais comme un partenaire.
Cet article vous propose de déconstruire la RN5 pour mieux l’appréhender. Nous n’allons pas seulement vous dire *quoi* faire, mais vous expliquer *pourquoi* le faire. De la physique du frein moteur à la sociologie du croisement en montagne, en passant par l’exploit humain de sa construction, vous découvrirez comment lire cette route, anticiper ses défis et, finalement, en faire le premier chapitre fascinant de votre exploration de Cilaos.
Pour vous guider dans cette approche unique, nous avons structuré ce guide en plusieurs étapes clés. Chaque section répond à une question précise que se pose tout conducteur s’apprêtant à affronter les célèbres virages de l’île.
Sommaire : Le guide de l’ingénieur pour apprivoiser la route de Cilaos
- Les 3 astuces naturelles pour que vos enfants ne vomissent pas dans les virages
- Où s’arrêter pour photographier le Peter Both sans bloquer le bus qui monte ?
- Qui a la priorité quand un bus descend et que vous montez face au vide ?
- Pourquoi faut-il prévoir 1h pour faire 30km et ne jamais se fier au GPS ?
- Combien d’hommes ont travaillé pour percer les tunnels qui vous permettent de passer aujourd’hui ?
- Comment réduire votre consommation d’essence sur les routes sinueuses des hauts ?
- Comment ne pas subir la route de Cilaos quand on est passager à l’arrière ?
- Comment construire un autotour cohérent à La Réunion sans passer votre vie dans les bouchons ?
Les 3 astuces naturelles pour que vos enfants ne vomissent pas dans les virages
Le mal des transports, ou cinétose, est une réaction physique à un conflit d’informations entre ce que l’œil voit et ce que l’oreille interne (centre de l’équilibre) ressent. Sur une route comme celle de Cilaos, ce phénomène est exacerbé. Plutôt que de subir, il est possible d’agir sur ces mécanismes avec des techniques simples qui vont au-delà du simple médicament.
La première stratégie consiste à stabiliser le champ de vision. Demandez à votre enfant de fixer un point stable au loin, comme l’horizon ou un sommet de montagne. Cela permet de réconcilier l’information visuelle avec la sensation de mouvement. Éviter de regarder les virages défiler sur les côtés ou de se concentrer sur un écran est fondamental. La deuxième technique est la gestion de la respiration. Une respiration lente et contrôlée (inspirer par le nez, expirer par la bouche) a un effet apaisant sur le système nerveux et peut diminuer la sensation de nausée.
Enfin, la position dans le véhicule est un facteur mécanique déterminant. Le centre de gravité du véhicule est l’endroit où les mouvements de lacet sont les moins prononcés. Placer l’enfant au milieu de la banquette arrière minimise ces perceptions. D’ailleurs, de nombreux parents confirment que la route sinueuse de Cilaos devient plus confortable avec une location de voiture automatique, car l’absence d’à-coups liés au changement de vitesse contribue à une conduite plus fluide et donc plus douce pour les passagers. Un dernier conseil pratique est de klaxonner avant les virages sans visibilité ; le son prépare mentalement les passagers à la manœuvre imminente, réduisant l’effet de surprise.
Où s’arrêter pour photographier le Peter Both sans bloquer le bus qui monte ?
La tentation est grande : au détour d’un virage, le paysage s’ouvre et offre une vue imprenable. L’envie de s’arrêter pour immortaliser l’instant est immédiate, mais sur la RN5, un arrêt improvisé peut rapidement se transformer en source de blocage et de danger. La clé n’est pas de renoncer à ces pauses, mais de les planifier en comprenant la logique de la route et son trafic.
Le principal acteur à anticiper est le bus. Le réseau de transport en commun est vital pour le cirque, et selon les offices de tourisme du Sud, la ligne 60 circule avec une fréquence d’environ un bus toutes les heures dans chaque sens, de 6h à 18h. Bloquer un bus, c’est retarder des dizaines de personnes et créer un bouchon difficile à résorber. Il est donc impératif de n’utiliser que les zones prévues à cet effet. La Direction des Routes a conçu l’itinéraire en intégrant ces espaces : ne vous arrêtez pas n’importe où : des aires de stationnement permettent de stationner en toute sécurité. Ces zones ne sont pas de simples parkings, mais des éléments structurels de la route, pensés pour la fluidité du trafic.
Ce paragraphe introduit le défi que représente un arrêt photo sur une route si étroite. L’illustration ci-dessous montre un exemple de passage délicat, comme le tunnel Peter Both, où toute manœuvre imprévue est impossible.

Comme le souligne le guide spécialisé sur la route, des emplacements stratégiquement placés offrent des opportunités de se garer en toute sécurité et d’admirer le paysage. Les plus connus se situent après le deuxième tunnel en montant, au niveau du belvédère du Pavillon, ou encore quelques centaines de mètres après le point de vue du Cap Paille-en-Queue. Repérez-les à l’avance et considérez-les comme vos seuls points d’arrêt possibles.
Qui a la priorité quand un bus descend et que vous montez face au vide ?
C’est le scénario redouté par excellence : vous êtes en montée, le ravin à votre droite, et un bus imposant apparaît dans le virage, occupant toute la largeur de la chaussée. Le code de la route français stipule qu’en montagne, le véhicule qui monte a la priorité sur celui qui descend. La raison est simple : un redémarrage en côte est techniquement plus difficile. Cependant, sur la route de Cilaos, une règle non écrite, dictée par la physique et le bon sens, prévaut : le véhicule le plus manœuvrable cède le passage.
Un bus ou un camion possède une inertie et un gabarit qui lui laissent très peu de marge de manœuvre. Tenter de forcer la priorité face à un tel véhicule est non seulement dangereux, mais contre-productif. L’intelligence de conduite sur la RN5 réside dans l’anticipation et la communication. Le klaxon avant un virage aveugle n’est pas une option, c’est une nécessité. Il ne signale pas une agressivité, mais votre présence. De même, un appel de phares peut signifier « je vous ai vu, je me range, vous pouvez passer ».
Cette coopération est l’huile dans les rouages de la circulation à Cilaos. Il faut voir les aires de croisement non pas comme des places de parking, mais comme des refuges temporaires à utiliser dès qu’un véhicule plus imposant est en vue. Se ranger préventivement est toujours la meilleure option.
Plan d’action : protocole de croisement avec un bus sur la RN5
- Signaler sa présence : Klaxonner systématiquement avant d’entrer dans les tunnels étroits et les virages sans visibilité.
- Anticiper le croisement : Dès qu’un bus apparaît, identifier l’aire de croisement la plus proche et se préparer à s’y ranger.
- Communiquer visuellement : Utiliser un appel de phares pour indiquer au chauffeur du bus que vous lui cédez le passage.
- Céder par principe : En montée face à un bus qui descend, se ranger et le laisser manœuvrer. Votre véhicule léger redémarrera bien plus facilement.
- Appliquer la règle du bon sens : Toujours faciliter le passage du véhicule le plus imposant ou le moins manœuvrable, quelle que soit la priorité théorique.
Pourquoi faut-il prévoir 1h pour faire 30km et ne jamais se fier au GPS ?
Sur le papier, 37 kilomètres semblent être une distance rapidement franchissable. Votre application GPS, basée sur des algorithmes de vitesse moyenne, vous annoncera probablement un trajet de 35 à 40 minutes. C’est le premier piège dans lequel tombent de nombreux visiteurs. Dans la réalité du terrain, il faut compter en moyenne 1h de trajet pour 37 km, et souvent plus. Cette différence ne vient pas d’une erreur de calcul, mais de l’incapacité du GPS à intégrer les contraintes physiques et géologiques de la RN5.
Un GPS évalue un temps de parcours en se basant sur la vitesse autorisée et les données de trafic. Il ne peut modéliser l’impact de 420 virages, dont beaucoup en épingle, qui obligent à réduire sa vitesse à moins de 20 km/h. Il n’intègre pas non plus les croisements délicats qui peuvent immobiliser une file de voitures pendant plusieurs minutes, ni les pauses photos que vous voudrez faire. L’équation « distance/vitesse = temps » est ici totalement faussée.
Le tableau suivant, basé sur des données locales, met en perspective la spécificité de la route de Cilaos par rapport à d’autres axes majeurs de l’île.
| Route | Distance | Temps GPS | Temps réel moyen | Nombre de virages |
|---|---|---|---|---|
| RN5 Route de Cilaos | 37 km | 35-40 min | 60-75 min | 420 |
| Route de Salazie | 45 km | 45 min | 60-70 min | 200+ |
| RN1 Route des Tamarins | 34 km | 25 min | 25-30 min | Minimal |
De plus, un facteur imprévisible rend toute estimation GPS caduque : la géologie. La route est taillée dans une paroi volcanique friable. Les éboulis sont fréquents, surtout après de fortes pluies. Comme le rapportent régulièrement les actualités locales, de multiples éboulements peuvent contraindre la route à fermer pendant plusieurs heures ou jours, coupant le cirque du reste de l’île. Se fier au GPS, c’est ignorer cette réalité fondamentale du terrain.
Combien d’hommes ont travaillé pour percer les tunnels qui vous permettent de passer aujourd’hui ?
Conduire sur la RN5, c’est traverser une série de tunnels sombres et étroits taillés à même la roche. Ces passages, qui peuvent paraître angoissants, sont en réalité des monuments à la gloire du génie civil et du labeur humain. Comprendre leur origine, c’est changer de perspective : on ne subit plus un tunnel, on emprunte avec respect un ouvrage d’art centenaire. L’histoire de cette route est celle d’un défi titanesque.
Selon les archives, le chantier a débuté en 1927 sous la direction de l’ingénieur Mallet. Avant cette date, Cilaos n’était accessible qu’à pied ou à dos de chaise à porteurs. L’objectif était de désenclaver le cirque et ses habitants. Le projet a mobilisé des centaines d’ouvriers, souvent dans des conditions extrêmement périlleuses. Le principal défi technique était la nature même de la montagne : « Sa construction a été délicate à cause du percement dans une roche très friable », rapportent les archives historiques, une contrainte toujours d’actualité aujourd’hui.
Cette photo de reconstitution rend hommage au travail de ces pionniers, dont les mains et la sueur ont sculpté le chemin que nous empruntons.

Chaque coup de pioche dans ce basalte instable était une victoire. Les tunnels n’ont pas été creusés par des machines modernes, mais à la force des bras, avec des explosifs et une connaissance intime de la roche. Penser à ces hommes en traversant le tunnel de Peter Both ou les autres ouvrages de la route permet de mesurer la chance que nous avons de parcourir cet itinéraire en voiture. Ce n’est plus une simple route, c’est un héritage.
Comment réduire votre consommation d’essence sur les routes sinueuses des hauts ?
Une montée continue et des virages incessants mettent le moteur de votre véhicule à rude épreuve, et votre réservoir d’essence peut se vider à une vitesse surprenante. Adopter une conduite économique en montagne n’est pas seulement un geste pour votre portefeuille, c’est aussi une approche technique qui préserve votre mécanique et augmente la sécurité. L’objectif est de viser la fluidité et d’utiliser les forces physiques à votre avantage.
La technique la plus importante est l’utilisation du frein moteur. En descente, plutôt que de solliciter constamment les freins (ce qui les fait surchauffer et les use prématurément), rétrograder permet d’utiliser la compression du moteur pour ralentir le véhicule. C’est plus efficace, plus sûr et totalement gratuit. En montée, l’anticipation est reine. Il faut maintenir un régime moteur constant, idéalement entre 2000 et 3000 tours/minute, en utilisant le rapport de vitesse adéquat. Éviter les accélérations brutales en sortie de virage et les freinages tardifs à l’entrée permet de conserver une allure lisse et d’économiser un carburant précieux.
Le choix du véhicule est également crucial. Comme le soulignent les loueurs locaux, prévoyez de louer une voiture surélevée avec un bon moteur. Un petit moteur essence manquera de couple à bas régime et devra être poussé dans les tours, entraînant une surconsommation. Les véhicules diesel modernes ou hybrides sont souvent plus adaptés, leur couple élevé permettant de franchir les côtes sans effort. Pensez également au poids : démarrer avec un réservoir plein aux trois quarts plutôt que plein à ras bord peut sembler un détail, mais c’est quelques kilos de moins à tracter vers le sommet.
Comment ne pas subir la route de Cilaos quand on est passager à l’arrière ?
Si l’expérience peut être intense pour le conducteur, elle est souvent pire pour les passagers, en particulier ceux à l’arrière. Privés du contrôle et de la vision anticipative de la route, ils subissent passivement les mouvements du véhicule, ce qui accentue le mal des transports et l’anxiété. Le témoignage d’une touriste est éloquent : après une conduite difficile avec une voiture capricieuse, elle parle d’un « enchantement post-traumatique », loin de la promesse des brochures. Pour éviter cela, le passager doit passer d’un rôle passif à un rôle actif.
La première stratégie est de s’aligner sur la vision du conducteur. S’asseoir, si possible, au milieu de la banquette arrière permet de voir la route devant et d’anticiper les virages. Le cerveau peut ainsi corréler le mouvement ressenti avec le virage qui approche, réduisant le conflit sensoriel. Il faut absolument éviter de lire ou de regarder son téléphone, car cela force le regard à se fixer sur un point stable à l’intérieur du véhicule, alors que le corps est en mouvement.
D’autres actions simples peuvent grandement améliorer le confort :
- Ouvrir légèrement la fenêtre pour garantir un flux d’air frais constant.
- Se concentrer sur les paysages spectaculaires au loin plutôt que sur la paroi rocheuse qui défile.
- Profiter des pauses régulières aux points de vue pour marcher quelques minutes et reprendre ses esprits.
En somme, le passager doit devenir un co-pilote attentif. En se synchronisant avec le rythme de la route et les actions du conducteur, il transforme une épreuve subie en une expérience partagée. Il ne s’agit plus d’attendre que ça se termine, mais de participer à la traversée.
À retenir
- Comprendre avant de conduire : La RN5 est un ouvrage de génie civil. Connaître son histoire et ses contraintes techniques est la première étape pour réduire l’appréhension.
- Conduire, c’est anticiper : La maîtrise vient de l’anticipation des virages, des croisements et des aléas, et non de la simple réaction. Le frein moteur et la lecture de la route sont vos meilleurs alliés.
- Le temps est relatif : Oubliez votre GPS et prévoyez large. Le temps de trajet sur cette route est dicté par la topographie et la prudence, pas par la distance.
Comment construire un autotour cohérent à La Réunion sans passer votre vie dans les bouchons ?
Après avoir décortiqué la route de Cilaos, il est temps de prendre de la hauteur. La plus grande erreur stratégique serait de considérer ce trajet comme un simple aller-retour dans la journée depuis la côte. Non seulement c’est épuisant, mais c’est aussi le meilleur moyen de passer une partie précieuse de vos vacances dans les embouteillages. La clé d’un autotour réussi à La Réunion est de penser en micro-régions et de minimiser les grands axes aux heures de pointe.
La Réunion est une île où les déplacements peuvent être très chronophages. La route du Littoral (RN1) et les axes entre Saint-Denis et l’Ouest sont régulièrement saturés. L’approche la plus intelligente consiste à organiser son séjour par zones géographiques. Au lieu de dormir sur la côte ouest pendant une semaine et de rayonner chaque jour, consacrez 2 ou 3 jours à chaque micro-région : le Sud sauvage, les cirques, l’Est… La route de Cilaos devient alors une étape de transition, pas une excursion. Vous montez à Cilaos, vous y dormez une ou deux nuits pour profiter pleinement de ses sentiers, de son vin et de son ambiance unique, puis vous redescendez tranquillement.
Le tableau suivant identifie les créneaux à éviter sur les principaux axes de l’île pour vous aider à planifier vos transitions entre les micro-régions.
| Axe routier | Heures à éviter | Créneaux conseillés | Jour le plus chargé |
|---|---|---|---|
| RN1 Route du Littoral | 7h-9h et 16h-19h | 10h-15h ou après 20h | Vendredi |
| Saint-Denis/Ouest | 16h-18h semaine | Avant 7h ou après 19h | Vendredi |
| Marché Saint-Paul | Vendredi-samedi matin | Autres jours | Vendredi |
| RN5 Cilaos | Weekend 9h-11h | Très tôt matin ou fin journée | Dimanche |
En intégrant la route comme une partie intégrante de l’aventure et non comme un obstacle, vous transformez une contrainte logistique en une expérience de voyage plus riche et plus sereine. Pour mettre en pratique ces conseils, l’étape suivante consiste à esquisser votre itinéraire en blocs de plusieurs jours par micro-région, en faisant des routes comme celle de Cilaos des ponts entre vos étapes, et non des allers-retours superflus.