
Au cœur de l’île de La Réunion se dressent trois merveilles géologiques d’une beauté saisissante : les cirques de Cilaos, Salazie et Mafate. Ces amphithéâtres naturels, véritables joyaux du patrimoine mondial de l’UNESCO, témoignent de la puissance créatrice des forces telluriques et érosives qui ont façonné cette terre volcanique. Nés de l’effondrement progressif du massif du Piton des Neiges, ces trois cirques forment aujourd’hui un écosystème unique au monde, où la géologie spectaculaire rencontre une biodiversité exceptionnelle et un patrimoine culturel préservé.
Ces formations géologiques extraordinaires illustrent parfaitement la dynamique complexe entre volcanisme et érosion tropicale, créant des paysages d’une diversité remarquable. Chaque cirque possède ses propres caractéristiques morphologiques, climatiques et biologiques, offrant aux visiteurs une expérience unique de découverte de la nature réunionnaise. L’isolement relatif de ces territoires montagnards a permis le développement d’écosystèmes endémiques et la préservation de traditions culturelles créoles authentiques.
Formation géologique des cirques par érosion régressive des coulées basaltiques
Processus d’évidement volcanique du massif du piton des neiges
La genèse des trois cirques réunionnais trouve ses origines dans l’histoire volcanique complexe du Piton des Neiges, ancien volcan-bouclier qui culminait autrefois à plus de 4000 mètres d’altitude. Ce colosse géologique, aujourd’hui endormi depuis environ 12 000 ans, a connu plusieurs phases d’activité intense qui ont façonné l’architecture actuelle de l’île. Les processus d’effondrement caldérique ont joué un rôle déterminant dans la formation de ces trois amphithéâtres naturels.
L’évidement progressif du massif résulte d’une combinaison de phénomènes tectoniques et érosifs. Les chambres magmatiques vidées lors des éruptions successives ont créé des zones de faiblesse structurelle, favorisant l’effondrement gravitaire de portions entières du volcan. Ces effondrements en cascade ont généré les premières ébauches des cirques actuels, dont les contours ont été ensuite affinés par l’action millénaire de l’érosion.
Rôle des précipitations tropicales dans l’excavation des caldeiras
Le climat tropical humide de La Réunion constitue un facteur déterminant dans le modelé des cirques. Les précipitations exceptionnelles, pouvant dépasser 10 000 millimètres par an sur certains secteurs, alimentent un réseau hydrographique dense et dynamique. Cette abondance pluviale, conjuguée aux pentes raides héritées de l’édifice volcanique, génère une érosion régressive particulièrement efficace.
Les rivières principales, véritables artères hydrauliques des cirques, ont progressivement creusé et approfondi ces cuvettes naturelles. Le processus d’érosion en tête de bassin versant a permis l’extension latérale des cirques, créant ces vastes amphithéâtres aux parois vertigineuses. L’action combinée du ruissellement superficiel et de l’infiltration souterraine fragilise continuellement les structures basaltiques, entretenant une dynamique d’érosion constante.
Datation des phases érosives par analyse stratigraphique
Les
séquences de coulées basaltiques, les niveaux de brèches volcaniques et les formations d’éboulis successifs permettent de reconstituer les grandes phases d’érosion des cirques. Les géomorphologues croisent l’étude des affleurements, la cartographie des paléosurfaces et les datations radiométriques (notamment par la méthode argon-argon) pour établir une chronologie relative puis absolue des événements.
On estime ainsi que les grandes phases d’incision et d’agrandissement des cirques de Cilaos, Salazie et Mafate se sont échelonnées sur plusieurs centaines de milliers d’années, avec une accélération marquée au cours du Quaternaire. Les épisodes climatiques plus humides, associés à des régimes cycloniques intenses, ont renforcé les processus de ravinement et de glissements de terrain. À l’inverse, certains niveaux de coulées plus récentes, à texture plus massive, ont localement freiné le recul des versants, expliquant les contrastes que nous observons aujourd’hui entre les différents cirques.
Morphogenèse différentielle entre les trois amphithéâtres naturels
Si l’on observe La Réunion depuis les hauteurs du Piton des Neiges, les trois cirques dessinent une sorte de trèfle géant, mais chacun possède une morphogenèse propre. Cilaos présente une forme globalement circulaire et fermée, héritée d’un évidement profond centré autour du Bras de Cilaos. Mafate, au nord-ouest, se caractérise par un réseau de ravines rayonnant et de nombreux îlets perchés sur des replats suspendus, conséquence d’une dissection très avancée des coulées.
Salazie, à l’inverse, s’ouvre largement vers l’est et la côte au vent. Cette ouverture naturelle sur la rivière du Mât, combinée à une pluviométrie parmi les plus élevées de l’île, a favorisé la formation de remparts très entaillés et d’innombrables cascades. On parle ainsi de morphogenèse différentielle : sous l’effet des mêmes processus (volcanisme, effondrements, érosion régressive), la géométrie des cirques a divergé en fonction de la nature des coulées, des fractures tectoniques, de l’exposition aux alizés et de l’intensité du ruissellement. C’est cette diversité qui fait des cirques de Cilaos, Salazie et Mafate un laboratoire à ciel ouvert pour les sciences de la Terre.
Caractéristiques topographiques et morphologiques du cirque de cilaos
Configuration en cuvette fermée et accès par la route à lacets RN5
Le cirque de Cilaos se présente comme une vaste cuvette fermée, cernée de remparts dont le dénivelé dépasse fréquemment 1 200 à 1 500 mètres. Vu du ciel, il apparaît comme un large bol entaillé de ravines profondes, ne laissant qu’une seule ouverture étroite vers le sud, empruntée par le Bras de Cilaos. Cette configuration explique à la fois la difficulté historique d’accès et le caractère de « montagne-refuge » qu’a longtemps conservé ce territoire.
La fameuse RN5, surnommée « route aux 400 virages », constitue aujourd’hui l’unique axe routier permettant de pénétrer dans le cirque de Cilaos depuis Saint-Louis. Sur un peu plus de 30 kilomètres, cette route à flanc de rempart contourne des éperons rocheux, franchit des tunnels et enjambe des radiers régulièrement submergés en saison des pluies. Pour le visiteur, cette ascension progressive offre une véritable mise en scène du relief : à mesure que l’on gagne de l’altitude, les panoramas sur le Bras de Cilaos, les îlets perchés et les remparts vertigineux se succèdent, révélant la complexité topographique de ce cirque enclavé.
Remparts volcaniques du dimitile et du grand bénare
Le cirque de Cilaos doit une grande partie de son identité paysagère à ses remparts volcaniques emblématiques, véritables murailles naturelles qui délimitent l’espace habité. À l’est, le massif du Dimitile forme une longue crête basaltique profondément entaillée par les ravines. Il s’agit d’un ancien flanc du Piton des Neiges, modelé par des glissements de terrain et des coulées anciennes aujourd’hui figées. Ce rempart sépare le cirque de Cilaos des hauts de l’Entre-Deux et de la Plaine des Cafres.
À l’ouest, la ligne de crête culminant au Grand Bénare (2 898 m) ferme le cirque et le sépare de Mafate et des Hauts-sous-le-Vent. Ce rempart est constitué de laves épaisses et de dômes plus résistants à l’érosion, comme en témoignent les pitons secondaires (Trois Salazes, Gros Morne). Les points de vue aménagés, tels que la Fenêtre des Makes, permettent de saisir d’un seul regard ce gigantesque amphithéâtre rocheux. Pour les randonneurs, les itinéraires en crête offrent une lecture directe des contacts entre les différentes séries de coulées et les anciennes surfaces d’érosion.
Réseau hydrographique de la rivière Saint-Étienne
Le réseau hydrographique de Cilaos est dominé par le Bras de Cilaos, qui draine l’ensemble du cirque vers le sud avant de rejoindre la rivière Saint-Étienne. Cette dernière, l’un des principaux cours d’eau de la côte sous le vent, reçoit les eaux de ruissellement issues des remparts et des ravines secondaires (Bras Rouge, Bras de Benjoin, Bras de Saint-Paul) qui convergent au niveau du lieu-dit des Trois Bras. En période cyclonique, ces cours d’eau se transforment en torrents puissants, charriant blocs et sédiments.
Ce réseau joue un double rôle : d’une part, il poursuit l’érosion et le creusement du fond du cirque ; d’autre part, il constitue une ressource vitale pour l’irrigation et l’alimentation en eau potable. Une partie des eaux du Bras de Cilaos est d’ailleurs dérivée vers les zones agricoles des « Bas » grâce à des aménagements gérés par la SAPHIR. Pour vous qui préparez un séjour dans les cirques, il est essentiel de garder en tête que ces rivières, souvent paisibles, peuvent devenir infranchissables en quelques heures lors de fortes pluies.
Microclimats thermaux et sources chaudes de Cilaos-les-Bains
En raison de son altitude (environ 1 200 m pour le bourg principal) et de son enclavement, le cirque de Cilaos bénéficie d’un microclimat montagnard relativement sec par rapport à la façade au vent de l’île. Les amplitudes thermiques jour/nuit sont marquées, avec des matinées fraîches, voire froides en hiver austral, et des après-midis plus douces. Cette ambiance « d’air pur des montagnes » a très tôt été recherchée par les habitants du littoral pour échapper à la chaleur et aux maladies des zones côtières.
La présence de sources chaudes d’origine volcanique, aux alentours de 38 à 42 °C, a contribué à façonner l’identité de Cilaos-les-Bains. Ces eaux thermales, issues de la percolation des précipitations dans un sous-sol fracturé puis réchauffées au contact de roches profondes, remontent chargées en minéraux. Elles sont réputées pour leurs vertus thérapeutiques (rhumatismes, affections dermatologiques) et ont justifié la création d’une station thermale dès le XIXe siècle. Pour le visiteur d’aujourd’hui, profiter d’un bain thermal après une journée de randonnée dans les remparts du cirque de Cilaos permet de ressentir, très concrètement, le lien intime entre relief, climat et activité hydrothermale.
Spécificités géomorphologiques du cirque de salazie
Ouverture naturelle vers Saint-André par la rivière du mât
À la différence de Cilaos, le cirque de Salazie est largement ouvert vers l’est et la côte au vent. Son principal exutoire, la rivière du Mât, prend naissance sur les pentes du Piton des Neiges et de la Roche Écrite, puis traverse tout le cirque avant de se diriger vers Saint-André. Cette vallée encaissée joue le rôle de véritable couloir naturel entre les hautes terres et le littoral, expliquant que Salazie soit considéré comme le cirque le plus accessible de l’île.
Sur le plan géomorphologique, cette ouverture résulte d’une érosion régressive particulièrement intense, favorisée par une pluviométrie exceptionnelle (plusieurs mètres de pluie par an). La rivière du Mât a peu à peu entaillé les coulées basaltiques, élargi la vallée et reculé sa tête de bassin, jusqu’à créer ce vaste amphithéâtre ouvert. Pour nous, observateurs, cette configuration se traduit par des vues dégagées vers l’aval et une impression de « cirque-corridor » où les remparts semblent se prolonger jusqu’à l’océan.
Cascades emblématiques du voile de la mariée et de salazie
Salazie est souvent surnommé le « cirque aux mille cascades », et ce n’est pas un hasard. Le ruissellement intense sur des parois quasi verticales a donné naissance à une multitude de chutes d’eau temporaires ou permanentes. Parmi elles, la cascade du Voile de la Mariée est sans doute la plus célèbre : une série de filets d’eau qui se déploient sur le rempart comme un voile blanc, particulièrement spectaculaire après les fortes pluies.
D’autres chutes majeures, comme la cascade Blanche ou les Trois Cascades, témoignent du rôle majeur de l’érosion hydraulique dans la sculpture du paysage. Ces cascades se développent souvent là où des contrastes de résistance apparaissent entre différentes coulées ou niveaux de brèches volcaniques. Pour le randonneur ou le photographe, elles constituent de véritables repères visuels dans le relief. Qui n’a jamais rêvé de suivre le parcours de ces eaux, depuis les brumes des hauts plateaux jusqu’aux ravines chantantes du fond de vallée ?
Formations géologiques des pitons rocheux de Hell-Bourg
Autour du village de Hell-Bourg, classé parmi les Plus Beaux Villages de France, le regard est attiré par une série de pitons rocheux isolés, dressés comme des sentinelles au milieu de la végétation. Ces reliefs résiduels, parfois comparés à des « dents de scie », correspondent à des portions de coulées plus denses ou à des anciens dômes volcaniques, qui ont mieux résisté à l’érosion que les matériaux environnants.
Avec le recul des remparts et l’abaissement progressif des versants, ces structures se retrouvent aujourd’hui en relief positif, détachées de la masse principale du Piton des Neiges. On peut les considérer comme les « racines » mises à nu de l’édifice volcanique originel, un peu comme les armatures d’un bâtiment qui resteraient debout après l’effondrement des murs. Les sentiers de randonnée qui dominent Hell-Bourg offrent de superbes belvédères pour observer ces pitons, et comprendre à quel point l’érosion est un sculpteur patiemment à l’œuvre.
Végétation endémique des hauts de salazie et du bélouve
La position de Salazie sur la façade au vent de l’île, directement exposée aux alizés humides, explique l’exubérance de sa couverture végétale. Les hauts du cirque, en particulier le massif de Bélouve, accueillent une forêt primaire humide remarquablement préservée. On y trouve des formations de tamarins des Hauts (Acacia heterophylla), de fougères arborescentes et de mousses qui tapissent troncs et rochers, créant une atmosphère presque féerique.
Ce manteau forestier abrite une flore et une faune endémiques, adaptées à des conditions de brouillards fréquents, de sols détrempés et de températures plus fraîches. Pour vous qui envisagez d’explorer les trois cirques de La Réunion, la traversée de la forêt de Bélouve depuis le gîte éponyme jusqu’aux belvédères sur le Trou de Fer constitue une expérience incontournable. On y mesure concrètement la manière dont la géomorphologie (altitude, exposition, pente) conditionne la distribution des écosystèmes.
Isolement géographique et accessibilité du cirque de mafate
Absence totale d’infrastructure routière et transport héliporté
Au nord-ouest du Piton des Neiges, le cirque de Mafate se distingue radicalement de Cilaos et Salazie par son isolement. Aucune route ne pénètre dans ce cirque profondément entaillé ; seuls quelques accès pédestres par les cols (Col des Bœufs, Col du Taïbit, Canalisation des Orangers, Rivière des Galets) permettent aux randonneurs d’y entrer. Cette absence totale d’infrastructure routière fait de Mafate un territoire à part, où le temps semble s’écouler à un rythme différent.
Pour autant, Mafate n’est pas totalement coupé du monde. Le transport héliporté joue un rôle essentiel pour l’acheminement des matériaux de construction, des marchandises lourdes et des services d’urgence. Les rotations d’hélicoptères, qui déposent vivres et fournitures près des gîtes et des écoles, rappellent au visiteur que la vie quotidienne dans ce cirque repose sur un équilibre fragile entre autonomie locale et logistique aérienne. Vous vous demandez à quoi ressemble un village sans route ni voiture ? Mafate en est l’illustration la plus concrète.
Réseau de sentiers de grande randonnée GR R1 et GR R2
Le cirque de Mafate est sillonné par un maillage dense de sentiers, empruntés historiquement par les esclaves marrons, les habitants des îlets puis les randonneurs modernes. Les itinéraires de grande randonnée GR R1 (tour du Piton des Neiges) et GR R2 (traversée intégrale de l’île) traversent ou frôlent Mafate, reliant ses différents hameaux entre eux et aux cirques voisins. Les temps de marche s’y calculent en heures de montée et de descente plutôt qu’en kilomètres parcourus.
Ces sentiers, souvent escarpés, franchissent des ravines, suivent des crêtes ou serpentent à flanc de rempart. Ils jouent le rôle de véritables « routes piétonnes » pour les Mafatais, qui les empruntent quotidiennement pour se rendre à l’école, au dispensaire ou chez des proches. Pour les randonneurs, ils offrent une immersion exceptionnelle dans un cirque où la géomorphologie conditionne directement la mobilité : chaque col, chaque passage en corniche traduit une faiblesse ancienne du rempart exploité par l’homme.
Îlets isolés de la nouvelle, marla et cayenne
Au fond du cirque de Mafate, l’habitat se concentre sur de petits replats appelés îlets, véritables « îles dans la montagne ». La Nouvelle, Marla, Roche Plate, Grand-Place, Cayenne ou encore Ilet à Bourse sont autant de micro-territoires installés sur d’anciennes terrasses alluviales ou des surfaces de glissement stabilisées. Leur isolement, parfois à plusieurs heures de marche du premier accès routier, en fait des lieux à l’identité très forte.
Sur le plan géomorphologique, ces îlets correspondent à des zones où l’érosion a marqué un temps d’arrêt : anciens fonds de vallée comblés, épaississements locaux de coulées, replats structuraux. L’analogie avec un archipel est souvent utilisée : chaque îlet est une « île » entourée d’un océan de ravines et de remparts. Pour vous, randonneur ou voyageur curieux, passer une nuit à La Nouvelle ou à Marla permet de comprendre de l’intérieur comment les habitants se sont adaptés à cette topographie contraignante.
Système d’approvisionnement par portage et hélitreuillage
L’isolement géographique de Mafate se traduit par des modalités d’approvisionnement particulières. Les denrées de première nécessité (aliments secs, gaz, matériaux) sont soit montées à dos d’homme ou de mule depuis les points d’accès, soit livrées par hélicoptère. Dans certains îlets, comme Marla ou Roche Plate, on observe encore des scènes de portage qui rappellent les pratiques d’autrefois dans de nombreux massifs montagneux.
Ce système logistique a un impact direct sur le coût de la vie, mais aussi sur l’organisation de l’espace bâti : les gîtes et maisons privilégient des matériaux légers, faciles à acheminer et à assembler. Pour les visiteurs, cela implique aussi une responsabilité : voyager léger, respecter les ressources disponibles et anticiper les contraintes (pénuries temporaires, fermeture de sentiers en cas de crue ou d’éboulement). Ici plus qu’ailleurs, la géomorphologie dicte les règles du quotidien.
Écosystèmes endémiques et biodiversité spécifique aux trois cirques
Inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO sous l’appellation « Pitons, cirques et remparts », Cilaos, Salazie et Mafate abritent une biodiversité d’exception. L’isolement relatif de ces amphithéâtres, combiné aux gradients altitudinaux marqués (du fond des ravines aux crêtes à plus de 2 000 m), a favorisé l’essor de nombreux endémismes. On y rencontre des formations de forêts de « bois de couleurs des Hauts », des fourrés à tamarins, des landes d’altitude ou encore des pelouses subalpines au-dessus de 2 500 m.
Les trois cirques offrent ainsi un véritable « tour de l’île en raccourci » du point de vue écologique : plus humides et luxuriants à Salazie, plus secs et ensoleillés à Cilaos, plus contrastés et morcelés à Mafate. Cette mosaïque d’habitats accueille des espèces végétales rares (comme le bois de nèfles des hauts, certains orchidées ou fougères endémiques) et une faune discrète mais remarquable (oiseaux endémiques, invertébrés spécialisés, chauves-souris). Pour les amateurs de nature, randonner dans les cirques de La Réunion, c’est un peu comme feuilleter un atlas vivant de l’évolution en milieu insulaire : sur quelques kilomètres, on passe de forêts humides de type tropical à des paysages presque austères de haute montagne.
Patrimoine culturel créole et architecture traditionnelle des hauts
Au-delà de leur dimension géologique et écologique, les cirques de Cilaos, Salazie et Mafate sont aussi des territoires de mémoire. Longtemps refuges pour les esclaves marrons fuyant les plantations côtières, puis terres d’accueil pour les « Petits Blancs des Hauts » et d’autres communautés, ils ont vu naître une culture créole montagnarde originale. Les îlets, ces petits mondes en soi, ont gardé la trace de cette histoire dans leurs toponymes, leurs pratiques agricoles et leurs récits oraux.
L’architecture traditionnelle des hauts se lit dans les cases créoles en bois sous tôle, souvent peintes de couleurs vives, entourées de jardins vivriers et ornementaux. À Hell-Bourg comme à Cilaos, certaines grandes demeures de type « maisons de maître » témoignent de l’époque des stations thermales, avec leurs varangues, leurs lambrequins et leurs toitures pentues adaptées aux pluies abondantes. Dans Mafate, les cases plus modestes, regroupées autour d’une chapelle, d’une école ou d’un petit commerce, reflètent une adaptation fine aux contraintes de l’isolement.
En parcourant ces trois cirques, vous ne découvrez donc pas seulement des paysages spectaculaires : vous entrez dans un univers où la géomorphologie a façonné les modes de vie, les savoir-faire et l’imaginaire collectif. Entre un cari mijoté au feu de bois à Mafate, une dégustation de lentilles et de vin à Cilaos, ou une visite des cases créoles de Hell-Bourg, c’est toute l’âme des hauts de La Réunion qui se dévoile, à la croisée de la nature et de la culture.