Publié le 18 avril 2024

Le bertel est bien plus qu’un souvenir folklorique : c’est une merveille de design ergonomique dont la simplicité surpasse de nombreux sacs à dos modernes pour les sentiers de La Réunion.

  • Sa conception plate et ses bretelles basses assurent un centre de gravité optimal, protégeant le dos et sollicitant les muscles profonds.
  • Son minimalisme n’est pas une limite mais une force, le rendant adaptable à tous les usages, du transport de fruits à celui d’un ordinateur portable avec des astuces locales.
  • Choisir un bertel, c’est adopter une philosophie de marche légère et efficace, parfaitement en phase avec l’esprit des cirques comme Mafate.

Recommandation : Pour une expérience authentique et confortable, privilégiez un tressage serré que vous ne pourrez pas percer avec l’ongle et personnalisez son confort avec des techniques locales comme le « tampon goni ».

Sur les sentiers escarpés de La Réunion, entre les fougères arborescentes et les points de vue vertigineux sur les cirques, on croise des marcheurs équipés de sacs à dos techniques, bardés de sangles, de poches et de technologies de ventilation. Ces équipements sophistiqués promettent un confort optimal pour affronter les dénivelés de l’île. Pourtant, une autre silhouette, plus discrète et authentique, se dessine sur le dos des gramounes (anciens) comme des jeunes hipsters : celle du bertel, ce sac à dos plat et tressé qui semble défier les lois du design moderne.

L’approche habituelle consiste à voir le bertel comme un simple objet artisanal, un souvenir pittoresque à rapporter de son voyage. On admire son tressage en fibre de vacoa, on apprécie son côté « local », mais on le compare rarement aux géants du matériel de randonnée. Et si cette perspective passait à côté de l’essentiel ? Si la véritable clé d’un portage efficace et respectueux du corps ne se trouvait pas dans l’accumulation de technologies, mais dans une sagesse ancestrale matérialisée par un design d’une intelligence redoutable ?

Cet article propose de changer de regard. En tant que designer fasciné par les objets vernaculaires, je vous invite à analyser le bertel non pas comme une relique du passé, mais comme une leçon d’ergonomie intuitive et de minimalisme fonctionnel. Nous allons décortiquer sa conception pour comprendre pourquoi il est si confortable, comment l’adapter à nos besoins modernes, et en quoi il incarne la philosophie de marche idéale pour un lieu aussi unique et exigeant que le cirque de Mafate. Loin d’être un simple sac, le bertel est un choix réfléchi qui porte en lui l’histoire et l’intelligence d’un territoire.

Pour explorer toutes les facettes de cet objet emblématique, de ses secrets de fabrication à son utilisation sur le terrain, suivez ce guide. Il vous donnera les clés pour choisir, régler et adopter le bertel, ce compagnon de route qui a bien plus à offrir qu’il n’y paraît.

Comment régler un bertel pour qu’il ne cisaille pas les épaules avec une charge lourde ?

Le principal reproche fait au bertel par les non-initiés concerne ses bretelles, souvent perçues comme fines et potentiellement douloureuses. Contrairement aux sacs modernes aux bretelles rembourrées, le confort du bertel ne repose pas sur l’amorti mais sur la répartition de la charge. Le secret réside dans son design plat qui maintient la charge près du corps et favorise un centre de gravité bas. Cette conception, loin d’être un défaut, est une merveille de biomécanique. Elle encourage une posture droite et sollicite les muscles posturaux profonds du tronc plutôt que de faire peser tout le poids sur les trapèzes. Une étude sur le portage confirme d’ailleurs que le portage physiologique maintient la courbure naturelle de la colonne vertébrale, un principe que le bertel applique intuitivement.

Cependant, pour les charges vraiment lourdes, la sagesse populaire réunionnaise a développé une solution de design vernaculaire aussi simple qu’efficace : le « tampon goni ». Il s’agit d’un rembourrage improvisé placé stratégiquement sous les bretelles. Cette astuce ancestrale transforme radicalement le confort de portage sans dénaturer la simplicité du sac. Voici comment la mettre en œuvre.

  1. Trouvez le bon matériau : Prenez un morceau de sac de jute (appelé « goni » à La Réunion) ou, à défaut, quelques feuilles de bananier séchées ou une serviette épaisse.
  2. Créez le coussin : Pliez le tissu ou les feuilles en plusieurs épaisseurs pour former un rectangle dense d’environ 15×10 cm.
  3. Positionnez le rembourrage : Glissez ce tampon sous les bretelles, au point de contact principal avec vos épaules, généralement au niveau des trapèzes et des omoplates.
  4. Fixez (optionnel) : Pour plus de stabilité, vous pouvez fixer le tampon aux bretelles avec une petite cordelette en fibre naturelle.
  5. Ajustez l’ensemble : Une fois le tampon en place, réglez la longueur des bretelles pour que la charge soit bien calée contre votre dos et que les bretelles reposent naturellement sur le rembourrage.

Ainsi, le confort du bertel ne s’achète pas, il se construit. C’est une interaction entre l’objet, le corps et une connaissance pratique héritée de générations de marcheurs et d’agriculteurs.

Comment adapter ce sac de paysan pour transporter un ordinateur portable moderne ?

Le choc des époques : comment un sac conçu pour transporter des brèdes, des ananas ou le sabre du coupeur de canne peut-il s’accommoder d’un ordinateur portable fragile ? C’est ici que l’ingéniosité créole et l’esprit du « système D » révèlent toute la flexibilité de ce design vernaculaire. L’absence de compartiments rembourrés dédiés n’est pas une fatalité, mais une invitation à la créativité. Loin d’être obsolète, le bertel prouve sa pertinence en se laissant « hacker » avec des solutions locales, simples et efficaces pour protéger les objets modernes.

Le secret est de créer une « seconde peau » protectrice à l’intérieur du sac, en utilisant des matériaux souples pour amortir les chocs et maintenir l’appareil en place. La structure semi-rigide du tressage de vacoa devient alors une coque externe solide. Voici quelques solutions éprouvées par les utilisateurs locaux pour transformer votre bertel en sacoche d’ordinateur stylée et sûre.

Bertel réunionnais modernisé avec protection pour ordinateur portable

Comme le montre cette adaptation, le mariage entre la fibre naturelle et une protection moderne est non seulement possible, mais esthétiquement intéressant. Il suffit de quelques gestes simples pour sécuriser votre matériel.

  • L’enroulage au paréo : La solution la plus simple et la plus « couleur locale ». Enroulez fermement votre ordinateur portable dans un paréo ou une grande serviette éponge « Kaz » avant de le glisser dans le bertel. Le tissu épais amortira les vibrations.
  • La pochette en mousse : Récupérez de la mousse de protection d’emballages ou achetez une plaque fine. Cousez ou collez-la pour former une pochette sur mesure. C’est une solution plus durable.
  • Le positionnement stratégique : Placez toujours l’ordinateur à la verticale, contre votre dos. C’est la partie la plus stable du sac. Comblez l’espace restant avec d’autres objets souples (vêtements) pour éviter qu’il ne bouge.
  • L’ajout de sangles : Cousez deux sangles élastiques à l’intérieur du bertel pour maintenir fermement l’ordinateur contre la paroi dorsale.
  • La protection contre la pluie : En cas de météo incertaine, doublez la protection avec une couche imperméable. Une bâche publicitaire recyclée ou un grand sac en plastique feront parfaitement l’affaire.

Le bertel n’est donc pas figé dans le passé. Il invite à l’appropriation et à la personnalisation, prouvant que la durabilité d’un design réside aussi dans sa capacité à être adapté.

D’où vient le mot « bertel » et quelle est son histoire dans l’agriculture réunionnaise ?

Chaque objet porte en lui une histoire, et son nom en est souvent la première clé. Le mot « bertel » est si ancré dans le paysage linguistique réunionnais qu’on en oublie parfois l’origine, pourtant simple et descriptive. Il ne s’agit pas d’un terme exotique ou malgache, mais d’une évolution purement française, comme le souligne la Base de données lexicographiques panfrancophone.

Le mot bertel vient de bretelle par métonymie, désignant une bande de cuir ou d’étoffe que l’on passe sur les épaules pour porter un fardeau.

– Base de données lexicographiques panfrancophone, Dictionnaire du créole réunionnais

Cette étymologie est fascinante : c’est la fonction (les bretelles) qui a fini par nommer l’objet tout entier. Cela en dit long sur l’essence même du bertel : un outil de portage réduit à sa plus simple et efficace expression. Son histoire est intimement liée à la vie des « Hauts » de l’île et à l’économie agricole. Avant l’arrivée des routes dans les cirques, le bertel était le prolongement du corps des agriculteurs, des coupeurs de canne qui y rangeaient leur sabre, et surtout des « tisanèr ».

En effet, plus qu’un simple sac de transport, le bertel était un maillon essentiel de l’économie des plantes médicinales. Les « tisanèr » (herboristes traditionnels) parcouraient les remparts et les forêts pour cueillir les « zerbaz » (plantes) aux vertus thérapeutiques. Le bertel, léger et aéré, était l’outil parfait pour transporter ces précieuses cueillettes sans les abîmer. Il permettait de descendre les plantes des zones de production isolées vers les marchés forains des villes du littoral, créant un lien vital entre le savoir des Hauts et les besoins des Bas. Le bertel n’était donc pas juste un contenant, mais un vecteur de commerce, de santé et de culture.

Aujourd’hui, porter un bertel, c’est porter un fragment de cette histoire, un hommage à la résilience et à l’ingéniosité des générations qui ont façonné le paysage et la culture de La Réunion.

Petit modèle ou grand format : quel bertel choisir selon votre gabarit ?

Le bertel n’est pas un objet standardisé. Comme tout bon outil, il se décline en plusieurs tailles pour s’adapter à sa mission et à la morphologie de son porteur. Choisir la bonne dimension est crucial non seulement pour le confort, mais aussi pour respecter l’harmonie visuelle et l’équilibre du portage. Un bertel trop grand sur un petit gabarit aura un centre de gravité trop bas, tandis qu’un modèle trop petit limitera excessivement la capacité d’emport. Les artisans vanniers ont développé une nomenclature traditionnelle, souvent liée à l’usage d’origine, qui sert de guide.

La production artisanale reste très active, notamment dans la région de Saint-Philippe, considérée comme le berceau de la vannerie de vacoa. Des structures comme la Maison de la Tresse et du Terroir maintiennent ce savoir-faire vivant, produisant selon leurs données environ 200 bertels par mois depuis 2016, et ce dans différentes tailles. Pour vous y retrouver, voici un guide basé sur les appellations créoles et les usages courants.

Guide des tailles traditionnelles du bertel
Appellation créole Dimensions Usage traditionnel Gabarit recommandé
Bertel marmaille 7×7 cm (miniature) Cadeau baptême, décoration Enfants 3-6 ans
Bertel pou un karon d’riz 35×37 cm Courses quotidiennes Adulte 1m50-1m70
Bertel pou in pake brède 40×45 cm Marché, agriculture Adulte 1m70-1m85
Bertel randonneur 45×50 cm Longues marches dans les Hauts Adulte >1m80

La règle empirique est simple : le haut du bertel ne doit pas dépasser la base de votre nuque, et sa largeur doit correspondre à peu près à celle de votre dos. Pour un usage de type « sac à main » ou pour de courtes balades, le modèle « karon d’riz » (qui correspond à la contenance d’une mesure de riz traditionnelle) est souvent idéal. Pour les randonnées à la journée ou si vous êtes d’un grand gabarit, le « pake brède » ou le « randonneur » sera plus approprié. Le « bertel marmaille » est quant à lui un objet symbolique, souvent offert aux enfants pour les initier à la tradition.

N’oubliez pas que ces dimensions sont indicatives. Le meilleur moyen de choisir reste d’essayer le bertel, de sentir comment il se positionne sur votre dos et de l’imaginer rempli pour votre usage quotidien.

Peut-on peindre ou décorer un bertel sans abîmer la fibre de vacoa ?

Le bertel est un objet vivant. Sa fibre de vacoa, séchée et tressée, respire et évolue avec le temps. L’envie de se l’approprier, de le personnaliser pour en faire un objet unique, est tout à fait légitime, surtout pour une cible créative. Cependant, il faut agir avec respect pour ne pas endommager cette matière naturelle. L’idée n’est pas de le transformer en une toile inerte, mais de le sublimer en utilisant des techniques qui dialoguent avec la fibre. Oubliez la peinture acrylique épaisse qui étoufferait et fragiliserait le vacoa. L’art de la personnalisation réside dans la légèreté et l’utilisation de méthodes traditionnelles ou respectueuses.

Les artisans eux-mêmes colorent parfois leurs créations, mais ils le font à une étape clé : avant le tressage. Les lanières de vacoa sont alors bouillies dans des décoctions de plantes pour obtenir des teintes naturelles. Reproduire ce processus sur un bertel fini est impossible. Il faut donc ruser et opter pour des ajouts externes ou des colorations de surface très légères. Voici des pistes pour faire de votre bertel une pièce unique sans le dénaturer.

Mains de vannière tressant des fibres de vacoa à Saint-Philippe

Votre plan pour personnaliser votre bertel avec respect

  1. Opter pour des teintures naturelles : Utilisez des pigments naturels très dilués appliqués au pinceau fin pour dessiner des motifs. Le curcuma local (« safran péi ») donne un jaune éclatant, les terres ocres de la Plaine des Sables offrent des nuances chaudes. Testez toujours sur une partie peu visible.
  2. Ajouter des « grigris » locaux : C’est la méthode la plus sûre. Accrochez aux bretelles ou à la bordure des éléments symboliques : des graines d’église (petites graines rouges et noires), des petits morceaux de bois de goyavier polis, des coquillages ramassés sur les plages de sable noir.
  3. Coudre des écussons : Pour une touche plus moderne, cousez des patchs ou des écussons. Attention, ne piquez jamais dans le corps tressé du sac, vous risqueriez de casser une fibre. Cousez-les uniquement sur les bretelles, qui sont souvent doublées et plus robustes.
  4. Nouer des tissus : Entourez l’ouverture du sac avec un « lambrequin » (une bande de tissu) en madras ou autre tissu coloré. C’est un moyen simple, réversible et sans risque de donner de la couleur à votre bertel.
  5. Assurer l’entretien : Un bertel personnalisé ou non demande un minimum de soin. Évitez de le laisser en plein soleil de manière prolongée et, surtout, de le mouiller. Si cela arrive, faites-le sécher rapidement à l’ombre dans un endroit aéré pour éviter que la fibre ne moisisse.

En suivant ces conseils, votre bertel ne sera pas seulement un accessoire de mode ou un outil de portage, mais une véritable expression de votre créativité, en harmonie avec la tradition.

Serré ou lâche : comment juger la solidité d’un tressage au premier coup d’œil ?

Tous les bertels ne se valent pas. Entre un modèle pour touriste produit à la va-vite et une pièce d’artisan destinée à durer des décennies, la différence tient en un mot : la qualité du tressage. Un bon bertel est un investissement, et savoir évaluer sa robustesse est une compétence essentielle à l’achat. Le prix est souvent un indicateur, mais il ne suffit pas. L’œil et le toucher sont vos meilleurs outils pour ne pas vous tromper. La densité du tressage est le critère numéro un : plus les fibres sont serrées, plus le sac sera résistant et durable.

Les artisans de Saint-Philippe ont une technique infaillible pour cela, transmise de génération en génération : le « test de l’ongle du connaisseur ». Il consiste tout simplement à essayer de glisser son ongle entre deux lanières de vacoa tressées. Si l’ongle ne peut pas s’insérer, c’est le signe d’un travail de grande qualité, qui garantit que le sac ne se déformera pas et résistera aux charges. La qualité de l’artisanat est d’ailleurs un enjeu reconnu, soutenu par une charte d’engagement signée par les institutions locales pour développer la filière.

Au-delà de la densité, il existe des styles de tressage qui varient d’une commune à l’autre, chacun avec ses spécificités. Reconnaître ces motifs peut aussi vous renseigner sur la provenance et le savoir-faire de l’artisan, comme le montre cette analyse des styles locaux.

Styles de tressage par commune réunionnaise
Commune Motif caractéristique Épaisseur lanières Particularité
Saint-Philippe Chevrons serrés 5-7mm Finition ‘koudir’ renforcée au fond
Saint-Joseph Tresse simple 8-10mm Bretelles doublées
Sainte-Rose Motifs géométriques 6-8mm Bordure tressée en relief

Examinez aussi les finitions : la bordure supérieure est-elle nette et solide ? Le fond du sac présente-t-il un renfort (« koudir ») ? Les attaches des bretelles sont-elles bien intégrées au corps du sac ? Ce sont ces détails qui distinguent un simple objet d’un compagnon de route fiable.

Où acheter des pâtes et du riz dans les îlets reculés pour ne pas tout porter ?

Organiser une randonnée de plusieurs jours dans le cirque de Mafate, accessible uniquement à pied ou en hélicoptère, pose un défi logistique majeur : le poids du sac. Porter sa nourriture pour toute la durée du séjour est une erreur de débutant qui transforme vite l’expédition en calvaire. L’intelligence du randonneur à Mafate, c’est de voyager léger et de compter sur les ressources locales. C’est là que le bertel, par son format compact, prend tout son sens : il incite au minimalisme. Heureusement, l’isolement n’a pas empêché les habitants de développer de petits commerces pour les marcheurs et pour leur propre quotidien.

Pratiquement chaque îlet principal dispose d’une petite boutique, d’un snack-bar ou d’un gîte proposant un service d’épicerie de dépannage. Vous y trouverez les denrées de base : pâtes, riz, conserves, et souvent du pain frais. Les prix sont logiquement plus élevés que sur le littoral, car l’hélicoptère est le seul moyen de ravitailler ces villages, mais ce coût supplémentaire est largement compensé par le confort de ne pas porter plusieurs kilos sur le dos. Il est crucial de prévoir de l’argent liquide, car aucun distributeur n’existe dans le cirque et le paiement par carte est rare.

Voici une cartographie non exhaustive des points de ravitaillement essentiels dans Mafate pour planifier vos étapes en toute sérénité :

  • La Nouvelle : C’est le plus grand îlet. Il abrite une petite boulangerie (chez Maurice Gravina) qui fait aussi épicerie. De plus, la quasi-totalité des gîtes propose une formule en table d’hôtes le soir, une excellente option pour un repas complet et convivial.
  • Marla : Le Snack-Bar de Jimmy est une institution, un lieu parfait pour une pause déjeuner ou pour acheter de quoi préparer le repas du soir.
  • Grand Place : L’épicerie-bar-boulangerie chez Benoît est un point de ravitaillement central, réputé pour son pain fait maison.
  • Îlet des Orangers : Un gîte y propose également un bar et une petite épicerie avec une vue imprenable.
  • Aurère : Le gîte « Le Fanjan » dispose d’une offre d’épicerie pour les randonneurs.

Attention, les horaires d’ouverture de ces petites structures sont souvent variables. Un conseil d’or : si votre itinéraire en dépend, appelez le gîte ou l’épicerie en amont pour confirmer leur disponibilité et leurs stocks.

À retenir

  • L’ergonomie supérieure du bertel vient de sa conception plate qui assure un centre de gravité bas, protégeant le dos bien mieux qu’un sac volumineux.
  • La qualité d’un vrai bertel se juge à son tressage : il doit être si serré que vous ne pouvez pas y glisser un ongle, garantissant sa durabilité.
  • L’esprit du bertel est celui du minimalisme : il est le sac idéal pour une expédition dans Mafate, où voyager léger et compter sur les ressources locales est la clé du succès.

Comment organiser une expédition dans Mafate quand on ne peut compter que sur ses jambes ?

Mafate est un sanctuaire. Avec ses quelques 700 habitants répartis sur 103 km², ce cirque sans route impose une philosophie de la marche et du portage. Ici, chaque gramme compte. Tenter de traverser Mafate avec un sac de 15 kg est le meilleur moyen de gâcher l’expérience. L’organisation d’une expédition réussie repose sur un principe fondamental : le minimalisme. Et c’est précisément la philosophie incarnée par le bertel. Sa contenance limitée n’est pas un défaut, mais un garde-fou qui vous oblige à n’emporter que l’essentiel.

Adopter le bertel pour Mafate, c’est adopter une approche plus intelligente de la randonnée en itinérance. Au lieu de transporter sa maison sur son dos, on privilégie une stratégie en étoile ou en étapes courtes, en s’appuyant sur l’infrastructure d’accueil des îlets. Cela permet de marcher avec un sac léger durant la journée, contenant uniquement de l’eau, une collation, une veste de pluie et une trousse de secours. Le plaisir de la marche est décuplé, et la connexion avec l’environnement, plus profonde.

Voici la philosophie minimaliste du bertel appliquée à une expédition dans Mafate :

  1. Choisir un « camp de base » : Installez-vous pour deux ou trois nuits dans un gîte central (comme à Aurère ou La Nouvelle) et explorez les sentiers environnants en étoile, avec un simple bertel de jour.
  2. Planifier selon le rythme local : Les Mafatais le savent bien, on marche tôt le matin (avant 9h) et en fin d’après-midi (après 15h) pour éviter les grosses chaleurs. Le milieu de journée est consacré au repos, à la baignade ou à la sieste.
  3. Éviter la saison des pluies : Planifiez votre trek durant la saison sèche, globalement de mai à octobre. De novembre à avril, les sentiers peuvent devenir dangereux et les traversées de ravines impossibles.
  4. Prévoir de l’argent liquide : Répétons-le, il n’y a aucun distributeur dans le cirque. Tout se paie en espèces : gîtes, repas, boissons, épicerie.
  5. Faire confiance aux locaux : Réservez vos gîtes à l’avance et optez pour la formule demi-pension. Le dîner et le petit-déjeuner sont des moments de partage inoubliables et vous allègent d’autant.

Pour que votre aventure soit une réussite, il est crucial d’intégrer pleinement la philosophie du voyage léger propre à Mafate.

En fin de compte, organiser une expédition dans Mafate avec un bertel, ce n’est pas seulement un choix de matériel. C’est un choix de rythme, une décision de faire confiance à l’environnement et à ses habitants, et de s’immerger dans une culture où l’on ne possède que ce que l’on peut porter.

Rédigé par Johan Hoarau, Accompagnateur en Moyenne Montagne (AMM) diplômé d'État et spécialiste du Parc national de La Réunion. Avec 15 ans d'expérience sur les sentiers, il forme les randonneurs à la sécurité en milieu tropical et volcanique, de Mafate au Piton de la Fournaise.